Recevoir, donner

 

 

 

Voilà qu’un événement qui semblait enfoui ou disparu de ma mémoire revoit le jour ce matin au réveil. Ah oui, je m’étais engagé à écrire quelques lignes au sujet de notre état de conscience lorsque nous recevons quelque chose de quelqu’un. « C’était mon anniversaire et une amie très chère à mon coeur avait aler à mon insu une cinquantaine de personnes. Je ne me doutais de rien, absolument de rien. Tout naturellement, elle me pria de la suivre dans la pièce où elle avait rassemblé ses invités. Quel choc amies, je dis bien quel choc, accompagné d’un souffle court. Je ne me souviens d’aucun détail de cet épisode notamment si j’ai pu faire bonne figure compte tenu de mon état intérieur. En fin de soirée, j’ai partagé mon vécu avec cette amie de coeur. Je lui en voulais presque d’avoir organisé cette mise en scène. »

 

C’est dire que j’avais difficilement avalé la pilule, laquelle donc ? Ma foi, il m’a sauté aux yeux que je m’étais senti indigne d’une telle attention, je n’en valais pas la peine ! Cet épisode entérinait en fait la difficulté constante dans ma vie de recevoir quoi que ce soit de quelqu’un. Pourtant, je me me vois, enfant, attendre par la poste un cadeau de ma marraine pour mon anniversaire, cadeau qui n’arrivait jamais. Là aussi un aspect de ma petitesse se révélait, celui du manque. Il a fallu que le temps passe et que je découvre la notion du système de pensée discrètement à l’œuvre dans ces deux situations : indignité ou manque.

 

Il devint évident que j’avais pris le parti de me sentir séparé de mes donateurs. Eux d’un côté, moi de l’autre avec toute l’incertitude et l’anxiété que cela engendre. J’ai pu en prendre conscience du fait qu’entre-temps j’avais accédé au système de pensée de l’unité, celui où il n’existe ni distance ni temps entre les êtres. Ce système de pensée relève du niveau de l’Esprit, flambeau de la conscience de l’unité, de l’illimité et de l’éternité. Ainsi, pour l’Esprit, donner et recevoir sont simultanés, dès que nous donnons, instantanément, nous recevons et vice versa. C’est la version du Cours en miracles. L’appréhension du processus sur ce mode m’a soulagé et je pus enfin recevoir paisiblement. En vérité, avant cela, je prônais même que donner était plus facile que recevoir. En comparant l’un avec l’autre je faisais évidemment le jeu de l’ego qui adore souligner les différences et caresser ses ouailles dans le sens du poil ; « vas-y donne, c’est plus noble que recevoir ».

 

Depuis lors, durant les rencontres de chant du coeur, je prends soin de préciser et je le répète souvent, la nature même du donner et recevoir selon le système de pensée de l’unité. La personne qui vient au centre du cercle peut avoir le sentiment de recevoir de l’amour sans rien donner. Il n’en est rien, dès qu’elle reçoit l’amour via les vibrations du coeur, elle offre le sien. Elle est actrice bien qu’elle soit allongée et plongée dans ses sensations. Elle s’offre un moment d’abandon dans un bain de vibrations d’amour auxquelles elle ajoute les siennes.

 

L’unité du donner-recevoir constitue un apprentissage à part entière. Il appelle simultanément à défaire la croyance que nous pouvons « donner de l’amour à celles et ceux qui en manquent ». Cette façon courante d’aborder la question relève du système de pensée de la dualité où d’un côté se trouve un donneur et de l’autre un receveur privé de ses qualités d’amour. Nous reconnaissons là le fossé habituel qui sépare les êtres et l’idée fausse que le receveur puisse être dépourvu d’amour. En corrigeant cette erreur nous diffusons la pensée des miracles inspirés par l’amour.

 

Le 23 août 2018